[Euro 2016] Un joli tour de passe-passe

L’Euro 2016 aura bien lieu en France. Après la fête, place aux interrogations : où en sont les stades ? Et les investisseurs ? Panenka.fr fait le point alors que les grands chantiers se mettent en place.

Les chiffres, tout le monde les a : 1,7 milliards d’euros vont être investis par les secteurs public et privé pour accueillir l’Euro 2016 dans les meilleures conditions. L’Etat et les collectivités territoriales assurent environ 40% de ce total : 150M€ débloqués par l’état et 600M€ par l’ensemble des conseils régionaux, généraux et municipaux participant au projet. Reste alors un peu moins d’un milliard d’euros à provisionner dans le secteur privé. A l’heure actuelle, il en manque encore la moitié.

Cette grosse somme va uniquement servir à la rénovation et à la construction des stades. En clair, tous les aménagements annexes, qui découleront de ces investissements (accès au stade, transports en commun etc…), feront sensiblement augmenter le coût de l’accueil de la compétition. Et il est difficile d’imaginer le secteur privé mettre la main à la poche pour ce genre de dépenses. Du coup, le fait que l’UEFA prenne en charge le budget de fonctionnement de la compétition va faire beaucoup de bien aux contribuables.

Prenons l’exemple du projet du grand stade lyonnais porté depuis plusieurs années par Jean-Michel Aulas. Le coût de construction du stade est estimé à 450M€, uniquement à la charge du secteur privé (Olympique Lyonnais + investisseurs). Cette somme fait partie des 1,7 milliards d’euros investis au total. En revanche, celle injectée par la collectivité publique lyonnaise pour les infrastructures routières, autoroutières et de transports en commun n’est pas prise en compte dans le total. Montant : 180M€ payés par le secteur public qui sont cachés par la communication autour de la candidature française.

Et les montages de ce genre sont légions en ce moment. Partout, on ne parle que des coûts de construction ou de rénovations des stades ; jamais de l’adaptation de leurs alentours, que ce soit l’espace ou les transports. C’était d’ailleurs l’un des points d’interrogations posés par le rapport d’évaluation de l’UEFA. Partout où un nouveau stade est en préparation, la question des aménagements externes est éludée au moment d’évoquer le coût total.

Sur le site officiel du grand stade de Lille, une page est réservée à la répartition des investissements de chacun concernant la construction du stade… Mais rien sur les à-côtés (voire la page). A Bordeaux, Alain Juppé aime à rappeler que “le bouclage financier est à peu près assuré (…) sur un stade évalué en valeur 2010 à 165 millions d’euros.” Même son de cloche à Nice où l’investissement annoncé à 200M€ n’évoque que la construction de l’éco-stade.

Loin d’être surpris par ce constat, à l’arrivée, on ne peut que s’incliner devant le tour de passe-passe réussi par les investisseurs privés. En mettant en avant les partenariats avec le public, ces derniers endorment tout le monde et devraient normalement s’en tirer à moindre frais, voire bénéficiaires puisque dans beaucoup de projets, le privé aura la pleine jouissance des stades pendant plusieurs décennies. Et le contribuable paiera peut-être plus cher qu’aujourd’hui pour aller s’y divertir. Dormez-bien.

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Auteur
La rédac Panenka
Posté le
30.05.10
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